ladepecheC'est le jour du derby. Aujourd'hui, à 15 heures, Villefranche XIII reçoit Albi, à Lagarde. Retour avec Jacky Gayral sur ces matchs à l'atmosphère si particulière.

Le rugby, sur les terrains, du moins, il l'a plutôt oublié l'ami Jacky Gayral. Les souvenirs, pour lui qui embrasse une autre vie depuis que l'heure de laretraite a sifflé la fin du match d'une vie professionnelle qui s'est achevée au lycée, cela deviendra plus du genre assis sur le canapé que sur le tapis vert.

Mais l'esprit rugby, disons ovale tout simplement, celui qui à 15 ans fit ses premières gammes à la rude école du Sporting-Club decazevillois le garde chevillé en lui.

Même si cinquante ans après, il s'active sur les terrains de pétanque du Rouergue et d'ailleurs (cette année il a décroché le titre de champion de l'Aveyron par équipe, 3e division).

 

L'attente du derby

Jacky Gayral se souvient de son arrivée à Villefranche XIII. En 1968, il travaillait alors chez Verdier, à Decazeville. Albi XIII compte alors dans son pack un sacré deuxième ligne, Jean Verdier, qui n'est autre que le frère de son employeur. Les frères Verdier emmenèrent Jacky voir un certain Toulouse-Albi. « Papillon Lacaze passa un but en frappant le ballon du talon. Quel joueur celui-là », s'émerveille encore celui qui deviendrait très vite le talonneur de Villefranche XIII. Le rugby pratiqué aux Minimes l'a conquis.

Jean-Pierre Souyri, devenu depuis la mémoire de Villefranche XIII, n'a plus de gros efforts à faire pour le faire signer. En septembre 1969, il rejoint Bernard Fabre et Jean Villeneuve, anciens Albigeois au sein de l'effectif rouergat.

« Bernard Fabre, le meilleur rugbyman qu'il m'ait été donné de côtoyer » tient-il à ajouter. Quant au derby Villefranche-Albi, entré dans l'histoire du Teulel comme de Mazicou, il reste pour tous ceux qui l'ont vécu des moments à la fois privilégiés en terme d'engagement et de stress au niveau du résultat.

« Chacun se sentait concerné, rappelle Jacky, joueurs et dirigeants, on attendait l'événement. » Dans les bars, « le derby » occupait toutes les conversations, et les paris allaient bon train. « Le dimanche venu, deux à trois mille personnes étaient là pour nous accompagner vers la victoire, raconte-t-il, assurant, je n'ai pas le souvenir d'avoir perdu devant Albi au Teulel. Par contre, j'ai gagné deux fois dans le Tarn ». Des matchs âpres. Des combats d'hommes. « Des coups, j'en ai pris, j'en ai donné. C'est ça le rugby », jubile Jacky, lui qui a évolué deux fois avec l'équipe de France de rugby à XIII, mais à qui un derby laisse son plus mauvais souvenir. « Face à Albi, Yves Begou m'a fait jouer pilier. Le sélectionneur était là. Après le match il m'a dit : tu ne joueras pas les Anglais, tu n'es pas un pilier ». ça ne s'invente pas.

Ces moments-là, Jacky Gayral, qui au milieu des années quatre-vingt-dix a entraîné ceux qui allaient devenir les Loups, les a boulégués dans sa tête etdans sa mémoire. Si la page est tournée, comment oublier ces émotions que provoque tout derby…

B. G. et J.-P. C.